Un élan pour une église de témoins

Vous connaissez le jeu dit du portrait chinois : « si j’étais un instrument de musique, je serais… », « si j’étais un animal… », etc. À ce jeu, le lecteur des Écritures bibliques, s’il était un animal, serait invité à se découvrir cerf selon les Psaumes ou biche selon le Cantique des cantiques, fourmi selon les Proverbes, oiseau ou brebis selon les évangiles…

S’il était un mouvement, ce serait sans doute la marche à pied : dans la Bible, on marche sa vie, physiquement et aussi spirituellement. S’il était un organe, ce serait à coup sûr l’oreille. Tout croyant lecteur des Écritures est un écoutant.

« Écoute, Israël ! » (Dt 6,4) : tel est l’appel qui mobilise et constitue le peuple de l’Alliance. « Écoutez ! » (Mc 4,3) : c’est ainsi que Jésus s’adresse à la foule et aux disciples pour évoquer le règne de Dieu. De Genèse 1 à Apocalypse 22, le Dieu vivant est ainsi évoqué, présenté, révélé, comme un Dieu qui dit, qui s’adresse, qui appelle. Oui, Dieu parle.

Dieu a parlé dans le passé. La Bible l’atteste ; celles et ceux qui nous ont précédés dans la foi aussi. Et Dieu parle aujourd’hui encore. Il parle à des hommes et des femmes qui sont nos contemporains. Peut-être pouvons-nous le dire, nous-mêmes : oui, Dieu parle, Dieu me parle. Peut-être ne le pouvons-nous pas. Peut-être sommes-nous perplexes, hésitants.

D’ailleurs, que signifie cette phrase : Dieu parle ? S’agirait-il de tendre l’oreille vers un nuage qui émettrait des sons ? Bien sûr que non, cela va sans dire — et mieux encore en le disant. Cette phrase est donc une métaphore, une… façon de parler, justement. Lorsque Dieu parle, ce n’est pas de manière immédiate, directement audible. C’est en empruntant un détour. Ce détour, c’est l’autre : Dieu ne parle pas sans l’autre et sans les autres. La parole de Dieu emprunte les paroles, les langues, les langages des humains. Aujourd’hui, Dieu nous parle.

L’Église vit de cette écoute. On peut comprendre l’Église sous un angle sacramentel, en valorisant la succession apostolique ou le rôle magistériel. On peut la considérer sous un angle communautaire, en insistant sur la qualité de vie de ses membres ou la droite confession de la foi. Dans la perspective protestante luthéro-réformée, issue des grands Réformateurs du seizième siècle, l’Église est fondamentalement comprise comme le fruit d’un événement d’écoute.

Là où la parole de Dieu est proclamée et reçue — et cette réception inclut bien sûr les sacrements — là est l’Église. Cet événement-là est une création de l’Esprit saint. Dès lors, les questions touchant aux personnes, aux moments et aux lieux, aux modalités, aux structures, aux doctrines, s’estompent devant ce qui est essentiel : l’écoute de la parole de Dieu.

Voilà pourquoi, alors qu’elles se sont engagées sur un chemin d’unité visant à constituer en 2013 une Église protestante unie, l’Église réformée et l’Église évangélique luthérienne ressortent leur boussole de leur poche, pour ne pas perdre le Nord. Elles insistent, encore une fois, sur ce qui est la source toujours renouvelée de leur existence et de leur mission. Avec des guillemets qui s’ouvrent et ne se ferment pas, avec des points de suspension qui invitent à écouter à nouveau et encore, plus loin et plus large : ˝ Écoute ! Dieu nous parle…

Pour l’Église, l’élan vient toujours d’une écoute renouvelée.

Dieu nous parle. Qui ça, nous ? S’agirait-il de constituer un groupe de croyants, experts et bien formés, chargés ensuite de répandre la bonne parole depuis leur position assurée et surplombante ?

Rappelons-nous les disciples revenant de leur mission et rapportant fièrement « tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné » (Mc 6,30). Bien vite, ils se retrouvent au milieu de la foule affamée, à partager la nourriture bénie par Jésus qui enseigne. Et c’est là, mêlés à cette foule, que les disciples sont eux-mêmes « rassasiés », nourris et évangélisés. Non pas avant ou au-dessus de la foule, mais avec elle. C’est dans l’écoute partagée avec le plus grand nombre, avec celles et ceux parmi lesquels nous vivons, que nous-mêmes recevons également l’Évangile.

Le sous-titre de cet ˝ Écoute ! Dieu nous parle… est bien : Élan 2013 pour une Église de témoins. En écoutant avec les autres, nous devenons témoins de ce que nous croyons : Dieu nous parle.

Mais tout cela n’est-il pas bien trop compliqué ? Après tout, écouter Dieu, n’est-ce pas lire la Bible, point final ?

La Bible est née du dialogue entre Dieu et les hommes. Elle en est la trace de référence. Elle nous donne la grammaire, les mots, les situations, les repères, sans lesquels nous ne pourrions tout simplement pas écouter Dieu.

Mais elle n’est pas un fétiche. Elle ne nous dispense jamais de nous interroger : où et quand, comment et pour quoi, Dieu me parle-t-il, Dieu nous parle-t­il ? Il n’y a pas d’écoute de Dieu sans rencontre avec les autres.

L’Église réformée et l’Église évangélique luthérienne de France proposent ainsi à toutes celles et tous ceux qui le souhaitent d’entrer dans cette démarche d’animation : ˝ Écoute ! Dieu nous parle…

Il s’agit de faire rayonner, au cœur de toute notre vie d’Église, l’écoute partagée de la parole de Dieu. En mettant en valeur tout ce qui se fait déjà dans ce domaine, d’une part. En faisant un ou plusieurs pas de plus, en tentant une ou plusieurs expériences nouvelles d’écoute partagée, d’autre part.

Mettre en valeur ce qui se fait déjà, c’est relire toutes nos activités — pas seulement le culte — et constater combien elles se ressourcent dans l’écoute commune. ˝ Écoute ! Dieu nous parle… n’est donc pas un « truc » nouveau, une prétendue innovation qui tomberait d’on ne sait où, comme si jusqu’ici les communautés locales se rassemblaient autour d’autre chose que de l’écoute partagée ! Mais sans doute peut-on s’y recentrer plus fermement, l’affirmer plus clairement, le signifier avec plus d’évidence.

Un petit test le manifestera facilement : examinons toutes nos activités et voyons lesquelles pourraient être labellisées avec le logo ˝ Écoute ! Dieu nous parle…, parce qu’elles peuvent être une occasion d’écoute partagée de Dieu : nous serons surpris du nombre de ces activités. Pourquoi ne pas le faire d’ailleurs ? Le logo est à disposition, téléchargeable sur le site, et librement utilisable dans le cadre de bonnes pratiques indiquées (cf. site www.ecoutedieunousparle.com, pour venir « tamponner » publications, affiches, banderoles, tracts, sites, etc.). Mais il ne s’agit pas seulement de valoriser ce qui se fait déjà. Cette démarche d’animation nous appelle aussi à tenter une ou plusieurs expériences nouvelles d’écoute partagée. C’est ici que le présent recueil prend tout son sens. Il vous propose trente-neuf animations.

Toutes sont très concrètement décrites, à la manière de fiches pratiques. Toutes sont réalisables et beaucoup ont déjà été réalisées, ici ou là. Mais peut-être pas là où vous êtes, dans votre communauté, votre association, votre mouvement. Et si vous essayiez, en vous inspirant librement de ces fiches ? Et si, selon ce qui vous paraît souhaitable, à la fois audacieux et réalisable, vous tentiez une, deux, trois expériences d’écoute partagée, inédites pour vous ?

À la fin de l’année 2010, un ensemble de matériel a déjà été proposé et diffusé, autour d’une exposition réalisée par la Mission intérieure luthérienne intitulée : « À visage découvert ». Expo, calendrier et kit d’animation très complet : tout cela est encore disponible.

Le présent recueil constitue le deuxième ensemble de ressources mis au service du processus ˝ Écoute ! Dieu nous parle…

Et ce n’est pas fini ! D’autres propositions viendront s’ajouter progressivement, y compris en fonction de ce que les personnes, les Églises locales et les paroisses, les groupes et les mouvements auront envie de partager.

Une adresse pour se tenir au courant, puiser dans ces ressources et en proposer de nouvelles :

www.ecoutedieunousparle.com

Tout ce qui existe au service de ce processus y est déjà téléchargeable, gratuitement bien sûr. Et le site se diversifiera et grandira au fil du temps.

La durée proposée pour ce processus d’animation est de deux ans. Chaque groupe, chaque Église, chaque région s’y engage à sa manière, au moment qui est le sien, selon son rythme propre. Tout au plus peut-on supposer que chacune des deux années aura sa couleur et sa dynamique particulières.

L’année 2011-2012 sera probablement une année de lancement. Et si nous nous arrêtions pour regarder tout ce qui, déjà, a trait à l’écoute partagée dans notre vie d’Église locale, de paroisse ? Et si nous en parlions avec les communautés voisines ? Et pourquoi n’orienterions-nous pas déjà plus clairement tel ou tel programme en fonction de cet axe central ? Et si nous faisions une ou deux tentatives d’expérience nouvelle, dans quelques mois ?

L’année 2012-2013 pourrait être une année d’épanouissement. Allons plus loin ! Osons des expériences d’écoute partagée peut-être un peu plus audacieuses ! Faisons de ce thème l’axe qui orientera toute notre année ! Organisons des rencontres plus larges, régionales peut-être !

Une chose est sûre. Le mois de mai 2013 sera un grand temps fort. Du 9 au 12 mai 2013, le premier synode de l’Église protestante unie de France sera convoqué à Lyon. Ce sera « le synode du confluent », à l’image du confluent des fleuves qui traversent cette ville. Confluent de l’Église réformée et de l’Église évangélique luthérienne. Confluent aussi pour mettre en commun beaucoup des expériences vécues dans le cadre du processus ˝ Écoute ! Dieu nous parle… Confluent pour célébrer l’écoute partagée de la parole de Dieu au cœur de la vie de l’Église.

On le devine déjà : ˝ Écoute ! Dieu nous parle…, c’est une occasion de se rencontrer, d’avancer ensemble, de partager plus amplement. Au sein de sa communauté locale d’abord, bien sûr. Avec les Églises et paroisses voisines, naturellement. Au-delà, au sein du consistoire, de la région, cela va de soi.

Mais aussi avec les Œuvres et mouvements qui sont associés, chacun à leur manière, à la mission de l’Église. Avec les Églises-sœurs, protestantes, protestantes évangéliques, catholiques, orthodoxes. Avec d’autres traditions religieuses. Et d’autres mouvements, associations, groupes. L’écoute à laquelle nous sommes appelés, c’est une écoute partagée. Partagée à l’aune de l’Esprit, qui souffle où il veut. Et donc partagée bien au-delà de ce que nous imaginons.

Car ne nous y trompons pas : le manque et la demande d’écoute taraudent notre société. Pourquoi, dès qu’un accident ou une catastrophe surviennent, fait-on appel à une cellule d’écoute ? Pourquoi, depuis quelques années, se presse-t-on dans les théâtres pour simplement écouter des acteurs lire des textes littéraires ? Pourquoi, lorsqu’il y a des violences sociales, entend-on aussitôt : personne ne nous écoute ? Parce qu’écouter et être écouté est vital. Individuellement : un enfant qui n’est pas écouté et qui n’a personne à écouter dépérit. Socialement : moins on écoute, plus la violence s’exprime.

Dans un monde d’écrans où ce qui n’est pas un spectacle est insignifiant, dans un environnement où de manière constante la pollution dénoncée comme la plus agressive est celle du bruit, dans une société qui accélère toujours plus, l’écoute est menacée. Pour écouter, il faut relâcher sa volonté de maîtrise, il faut du silence, il faut du temps.

Parce qu’écouter ne va pas de soi, peut-être nous faut-il avec nos contemporains veiller attentivement à écouter, en entretenir le goût, en souligner l’importance, s’en redonner les moyens concrets.

Peut-être écouter rime-t-il plus que jamais avec résister.

˝ Écoute ! Dieu nous parle… Oui, c’est la source d’un élan renouvelé pour être une Église de témoins.

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Laurent SCHLUMBERGER

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