Entrer dans la Bible

« La Bible est le lieu fiable où Dieu parle. C’est là qu’il formule le sens de sa présence et son projet pour l’humain… » Entrer dans la Bible, une aventure à risque ? Dans cet article, Elisabeth Parmentier nous entraîne dans les différentes postures du lecteur qui se risque à entrer dans la Bible pour y rencontrer Dieu.

Entrer dans la Bible, c’est comme se tenir au seuil d’un étonnement : le quotidien n’est pas aussi lisse et évident que je le croyais, il doit y avoir autre chose que la simple existence routinière, autre chose que l’immédiat. Une belle image biblique exprime cet inattendu : Moïse garde les chèvres dans la montagne, et dans les habitudes du jour, il est frappé par un buisson en feu qui mystérieusement ne se consume pas : « Le buisson était embrasé mais le buisson ne se consumait pas » (Exode 3, 2). C’est là une image pour l’étonnement : pourquoi tout n’est-il pas explicable ? Quel est le sens du monde, de lavie ? Ce commencement de la perplexité, ou de l’inquiétude, ou du sentiment du néant, mille expériences humaines nous y conduisent, échecs ou bonheurs. Ouvrir les yeux pour se reconnaître en terre étrangère, dans le cosmos, face à l’avenir : je ne maîtrise rien ! Que suis-je face à l’immensité ? Désespérément seul ? Y a-t-il une réponse pour moi ? Entrer dans la Bible, ce n’est pas prendre connaissance d’un dépôt de vérités sacrées ou de recettes de vie. C’est se risquer à une rencontre difficile, car elle n’est pas immédiate et rien ne la garantit. Un texte biblique n’offre pas le contact direct avec Dieu, et même Moïse, le privilégié, doit se voiler la face. Lorsque nous disons au culte : « nous lisons la parole de Dieu », c’est un abus de langage. Il vaudrait mieux dire : nous discernons la parole de Dieu dans la lecture de la Bible. Non pas qu’elle n’y soit pas ou qu’elle dépende de nous, mais parce qu’elle y est à découvrir, comme on apprendrait à se découvrir au fil des rencontres. L’image est significative : c’est comme une voix qui interpelle Moïse : « Dieu l’appela du milieu du buisson ‹ Moïse, Moïse ›, dit-il, et il répondit : ‹ Me voici › »(Exode 3, 4). Il ne se dérobe pas, malgré son inquiétude.

Entrer dans la Bible, c’est se tenir devant le texte comme devant une terre « sainte », dont je respecte la spécificité et l’intention. Car Dieu, contrairement à nos idées, ne réduit pas la distance : « Il dit : ‹ N’approche pas d’ici, retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte › » (Exode 3, 5). Terre sainte, mais pas sacrée, car sinon un humain ne pourrait pas s’y tenir. Pas plusque la Bible n’est un écrit sacré. La tradition chrétienne a préféré le qualificatif « sainte » c’est-à-dire du domaine de ce qui appartient à Dieu. Sacrée, la Bible serait intouchable. Ainsi le Coran, rédigé dans la langue sacrée, l’arabe, ne doit-il pas être lu autrement que dans cette langue, les traductions n’ayant pas la même autorité. La Bible au contraire a été traduite dans toutes les langues du monde et commentée de toutes les manières possibles. Loin d’être sacrée, elle ne vit que de la lecture qui ressuscite l’écrit en parole adressée à chaque individu.

Entrer dans la Bible, c’est me laisser inquiéter : qu’est-ce que peuvent me dire ces vieux textes d’époques dépassées ? Ils ne peuvent me conseiller, ni me comprendre, et d’ailleurs je n’y comprends rien ! C’est fatigant d’y chercher une grande vérité, le résultat n’apporte rien. Je trouve ça même ennuyeux au possible ! Je préfère rencontrer Dieu dans la nature, dans les personnes ou les événements qui m’inspirent ! Rencontrer Dieu dans le texte biblique, c’est précisément se confronter à cette irritation, à ce combat, à ce découragement. D’ailleurs comment se présente-t-il lui-même ? Comme un mystère ! Dieu dit à Moïse : « ‹ Je suis celui qui est […] C’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on m’invoquera de génération en génération › » (Exode 3, 24). Il n’est pas explicable par un concept ou une définition, il n’est pas saisissable et ne donne que le verbe qui dit son éternelle présence. Mais c’est une présence dans le caché, et seul le texte va me conduire vers la rencontre toujours imprévisible… ou vers l’obscurité, qui parfois est aussi une forme de présence de Dieu ! C’est lui qui porte son message vers moi et non l’inverse.

Entrer dans la Bible, c’est apprendre à interpréter, à la fois la vie et les textes. Bien sûr que je peux penser à Dieu dans la nature, et le rencontrer dans bien d’autres lieux et personnes de ma vie. Mais la Bible est le lieu fiable où Dieu parle. C’est là qu’il formule le sens de sa présence et son projet pour l’humain qui est d’abord un être de parole et d’intelligence, pas seulement d’affects et d’intuitions. Parce que Dieu a choisi la rencontre sur le mode de la parole, le travail sur les textes prend toute sa noblesse : ce qui est attendu, c’est que je laisse le texte « parler ». C’est le pari de l’interprétation. Expliquer un texte, c’est la condition même qu’il puisse communiquer ce qu’il veut dire. Mais l’interpréter, c’est entrer dans sa logique, de manière à ce qu’il fasse sens. C’est le considérer comme un espace de résonance, où d’époques en époques, la parole de Dieu a suscité des échos, des réponses, des confessions, des témoignages. La « pure » parole de Dieu n’est pas dissociable de celle des témoins. Le pari de la foi est que l’Esprit saint, qui a inspiré les rédacteurs, et qui a inspiré l’Église ancienne qui a retenu les textes, continue à inspirer les lecteurs dans leur tâche d’interpréter. Et le pari de Dieu est que sa voix pourra être entendue comme une promesse : « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J’ai entendu son cri devant ses oppresseurs ; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens » (Exode 3, 7).

Entrer dans la Bible, c’est attendre un Dieu qui n’y parle pas de lui mais de nous ! La Bible se fait l’écho de nos expériences toutes humaines : douleurs, deuils, haines, jalousies, doutes, désirs. Mais les réalités les plus quotidiennes et les plus banales, comme le travail, les soucis, les contraintes du jour, sont placées sous la promesse que Dieu « connaît »…, et qu’il ne se contente pas de regarder, mais qu’il a déjà envoyé ses porte-paroles, comme il envoie Moïse : « Va maintenant, je serai avec ta bouche » (Exode 3, 12). C’est à travers les humains que se dessine l’histoire de l’alliance avec Dieu, ce qui dit aussi toute sa fragilité et ses périls. Scruter les textes bibliques, c’est y rechercher les traces du Dieu qui veut libérer de tous les esclavages. Et pourtant, il n’y a pas que de la clarté, il y a de la violence, des meurtres, des déceptions, des contradictions. Que veulent dire ceux qui affirment que la Bible ne se trompe pas, alors qu’il ya beaucoup d’incohérences ? Langage pieux ou convenu ?

Entrer dans la Bible, c’est accepter que la parole de Dieu se livre à travers des témoins humains qui n’ont pu écrire qu’avec leurs connaissances et leur compréhension des événements, forcément limitées et ouvertes à des interprétations qui peuvent se tromper, qui d’ailleurs souvent se corrigent mutuellement. Donc personne ne peut vraiment prendre chaque texte à la lettre, sinon il faudrait rendre « oeil pour oeil, dent pour dent », faire mourir ceux qui maudissent leurs parents et lapider les femmes adultères. Et pourtant le pari de la foi, c’est néanmoins de voir dans la Bible Dieu révélé. Lire selon « la lettre » ne peut se détacher de la lecture selon « l’esprit » (aussi avec E majuscule ! ). Cette lecture débusque Dieu caché, mais à l’oeuvre : ces vieux témoignages sont des paroles de« salut ». La clarté projetée sur l’ensemble des textes est Jésus de Nazareth, compris comme l’accomplissement de la promesse de Dieu de venir au milieu des siens. Celui qui affirme : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14, 9) montre le visage du Dieu de miséricorde, de l’amour et du don de soi. Qui aurait pu penser Dieu ainsi sans le secours des textes bibliques ? La contemplation de l’univers donne plutôt le sens de la finitude et la crainte du néant. La réalité du devenir de la planète et de ses habitants n’inspire pas l’idée de la bénédiction de Dieu. Les aléas des relations humaines ne prouvent pas sa fidélité. Ce n’est qu’à travers ce « signe » Que sont la vie et la mort de Jésus de Nazareth, signe attesté le jour de sa résurrection, que l’espérance d’une Vie autre se profile. La Parole, cette fois-ci divine, s’est fait toute humaine, toute livrée à la violence des humains, mais pour s’affirmer triomphante et donc toute du côté de Dieu libérateur.

Entrer dans la Bible, c’est risquer de se perdre dans tout un buissonnement, pas forcément ardent. Heureusement que personne n’y est seul, jouet de ses propres fantasmes et projections sur le texte. Il y a des garde-fous : la grande nuée des témoins qui nous précèdent, les prières et les cantiques, la liturgie, les catéchismes et surtout les confessions de foi.

Toutes ces aides permettent d’éviter de perdre le sens biblique. L’effet d’une lecture biblique a besoin d’être mesuré à ses incidences sur la vie et la réalité : que l’humain ne se serve pas soi-même, mais la vraie seigneurie revient à Dieu : « Je serai avec toi et voici le signe qui te montrera que c’est moi qui t’ai envoyé. Quand tu feras sortir le peuple d’Égypte, vous servirez Dieu sur cette montagne » (Exode 3, 12).

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Elisabeth Parmentier
Professeur de théologie pratique,
Faculté de Théologie de Strasbourg

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