Art et Spiritualité

Lorsque l’image devient la voix de Dieu ! L’iconographie s’est nourrie abondamment de la culture biblique et théologique. Elle nous a livré des chefs d’oeuvre qui sont d’excellents supports pour écouter Dieu. Exemple ici avec la relecture artistique et théologique du tableau « La conversion de Paul » de Peter Bruegel l’ancien.

 

Type de la manifestation

Animation interactive sur l’interprétation esthétique d’un thème biblique.

Objectif poursuivi

Montrer comment à travers l’art se transmet la symbolique biblique.

Public visé

Tout âge.

Cadre et durée

Matériel de projection, ordinateur et vidéo projecteur, des bibles et un paperboard. La durée est d’environ 1h30.

Première étape :
Regarder le tableau

La Conversion de Saint Paul de Peter Bruegel l’ancien (c. 1525 -1569) datée de 1567. Huile sur bois de chêne, 108 × 156 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum. (Pour des raisons de droits à l’image, nous reproduisons le tableau en petit format ; cependant une recherche sur internet permet de trouver très rapidement des reproductions du tableau qui peuvent être utilisées dans le cadre d’une projection privée.)

  1. Après un temps de réflexion, décrire en peu de mots la scène.
  2. À l’aide de questions, aider à la lecture plastique de l’oeuvre :
  • La composition. La perspective. Les lignes d’horizon (hautes donc grande visibilité du monde). Depuis où, vers où, notre regard est-il guidé ? La forme de ce cheminement, sa direction… L’échelonnement des plans. Les rimes colorées. La lumière.
  • Regarder plus en détails : le paysage, le type d’arbres… Les protagonistes, leurs vêtements. La scène de la conversion.
  • Synthétiser les résultats de cette lecture.

Deuxième étape :
Lire La conversion de Paul
Actes 9, 1-11; 22, 1-11 ; 26, 12-18.

  1. Comparer les textes. Les points communs. Les protagonistes, les lieux, les indications temporelles… Les disjonctions. Le contexte. Quels sont les destinataires ? Les accentuations ?
  2. Les caractériser, la pointe du texte change-t-elle ?
  3. Quel rôle cette apparition de Jésus a-t-elle tenu dans la vie de Paul ? (1 Co 9, 1) Il est devenu apôtre. Signification éthique de ce terme dans Luc, suivre Jésus c’est transformer sa vie (Lc 5, 32).
  4. Quel texte vous paraît être à la source de l’oeuvre de Bruegel ? (Ac 26, 12-18)

Troisième étape :
Interpréter

Montrer comment l’oeuvre de Bruegel, en noyant la conversion de Paul dans une foule de personnages et de scènes, l’insère dans l’histoire humaine dont elle devient partie prenante. Il donne une lecture engagée du texte qui met au centre l’expérience d’individus.

Contexte historique

En 1566, les protestants flamands, en particulier les calvinistes, avaient saccagé les images saintes dans les églises catholiques. Ce qui pour les calvinistes était une lutte pour la vraie foi, contre l’idolâtrie, faisait figure de rébellion aux yeux de Philippe II. Il envoya donc aux Pays-Bas son capitaine général, le duc d’Albe, qui devint tristement célèbre pour sa brutalité. Celui-ci, chargé de convertir les protestants par la force, fit condamner à mort plusieurs milliers de personnes durant les années qui suivirent. Cette dureté exceptionnelle conduisit à la révolte, puis à la guerre. Celle-ci devait durer 80 ans et se terminer par la division des provinces en deux blocs : la (future) Belgique catholique au Sud et les Pays-Bas protestants au Nord. Bruegel habitant Bruxelles a vécu ces événements de très près.

Partisan ou non de la Réforme ?

Il n’existe aucun écrit indiquant clairement si le peintre était du côté des catholiques ou des protestants. Même ses tableaux laissent la question en suspens, car il est alors habituel de transférer les évènements bibliques dans sa propre époque et dans un environnement qui est le sien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peter Bruegel l’ancien, La Conversion de Saint Paul, © Kunsthistorisches Museum, Vienne.

La Conversion de Saint Paul (1567) : Un tableau explosif au niveau politique.

Un cavalier, tout de noir vêtu, est mis particulièrement en valeur. Le nouveau maître des Pays-Bas, le Duc d’Albe, était surnommé « le Noir » en raison de la noirceur de ses habits et de son âme. Bruegel a placé la scène de la conversion dans un décor alpestre. À la fin de sa formation artistique en 1551, Bruegel a voyagé en Italie. Malgré les influences de ce voyage, il a continué durant toute sa vie à peindre des sujets et des modèles fortement nordiques. Ici, des soldats armés de piques montent de la vallée, on aperçoit la mer au lointain. C’est de la mer en effet— des côtes italiennes — que le duc d’Albe et ses soldats étaient venus, avant de devoir franchir les Alpes. Assis sur son blanc destrier, le personnage en noir que l’on voit de dos est placé de telle sorte qu’il doit remarquer la chute de l’homme. Ceci peut donner lieu à l’interprétation historique suivante : le peintre espère que le duc d’Albe, connu pour son horrible persécution des hérétiques, sera lui aussi converti sur le chemin des Pays-Bas. En effet, à partir de sa conversion, par la Grâce divine, Saul, celui qui était le plus féroce persécuteur des chrétiens, devient le plus fidèle prédicateur du Christ. Lui qui était hautain, superbe, orgueilleux, est terrassé, foudroyé, humilié par une force surhumaine. Cela ne signifie pas, pour autant, que Saul en sortira affaibli. Simplement la force, la pugnacité qu’il mettait à combattre le Christ, il les mettra dorénavant au service du Christ, ce qui fera dire à saint Augustin que Paul est le « véritable athlète de Jésus-Christ », « athlète » étant entendu ici au sens étymologique de « combattant ». Pourrait-il en être de même avec le Duc d’Albe ?

En iconographie chrétienne

La chute de cheval est devenue le signe iconique de la conversion de Paul, pourtant aucun des passages des Actes ne fait mention d’un cheval.

Plusieurs hypothèses :

  • On peut imaginer que, vu son statut, Saul se déplaçait à cheval et que celui-ci effrayé par la violence de la lumière, l’a désarçonné. De plus, d’un point de vue strictement plastique, le cheval ajoute à la dramatisation de l’événement.
  • Une dimension religieuse. Le cheval blanc est le symbole de la majesté. C’est la monture des héros, des saints et des conquérants spirituels. Dans l’Apocalypse le cheval blanc est monté par celui qui est nommé « Fidèle et Véritable », c’est-à-dire le Christ qui vient terrasser la bête et le faux prophète (Ap 19, 12-21).

Relecture théologique

Dans quelle mesure l’écriture en images du récit éclaire-t-elle ma relation à l’Écriture mais aussi à Dieu ? Comme l’écrit Paul : « J’ai été saisi par Jésus Christ » (Ph 3,12), la conversion, l’accueil de la grâce, est un changement brutal et imprévisible de chemin de vie, en témoigner c’est partager ce qui a été vu et entendu. Quelle image de la conversion me donne cette oeuvre ? Ce tableau montre la marche inexorable de l’armée que seule vient interrompre la chute d’un cavalier, c’est un véritable cri lancé vers Dieu comparable à celui du psalmiste qui dénonce ses ennemis. Quelle actualité recèle-t-il pour moi ?

Pour aller plus loin

www.protestantismeetimages.com
Sur ce site, des oeuvres d’artistescomme Odette Lecerf, IsabelleTournoud… sont propices àla réflexion théologique.

www.voir-et-dire.net
Dire et voir présente des dossierset des oeuvres très riches etintéressants. Mais on trouverasurtout des réflexions sur les liensentre l’art et la spiritualité.

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Martine GRENIER

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